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 Heureux, comme en Amérique....

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jemrobe
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MessageSujet: Heureux, comme en Amérique....   Lun 28 Aoû 2006 - 19:00

La double peine de Katrina
LE MONDE 28.08.06

Quand l'ouragan Katrina s'est approché de La Nouvelle-Orléans, la Société protectrice des animaux a préparé l'évacuation. Chacun des 263 chiens et chats a été photographié. Un système de traçage permettait de les identifier même si leurs dossiers disparaissaient. Le samedi 27 août 2005, les animaux ont été placés dans des véhicules à air conditionné. Dans la nuit, ils sont arrivés sains et saufs à Houston, avec vingt-quatre heures d'avance sur la catastrophe.

Les 6 500 détenus de la prison municipale n'ont pas connu pareil traitement. Eric Balaban et Tom Jawetz, deux avocats de l'ACLU (American Civil Liberties Union), qui viennent de publier un récit du déroulement de la catastrophe à la prison, reposant sur le témoignage de 1 300 détenus et gardiens, n'hésitent pas à faire la comparaison : contrairement aux chiens et aux chats, des prisonniers ont été abandonnés. Leurs dossiers ont été détruits. Des mois plus tard, des détenus qui auraient dû être libérés étaient toujours en prison.

Avant Katrina, La Nouvelle-Orléans avait un taux d'incarcération deux fois supérieur à la moyenne nationale. L'Orleans Parish Prison occupait 12 bâtiments du centre-ville, à moins de 2 km du Superdome. Surpeuplée, elle abritait une majorité de petits délinquants en attente de jugement, aussi bien que des auteurs d'infractions au code de la route, des mineurs, ou des meurtriers envoyés là par les pénitenciers de l'Etat. Noirs, à 90 %.

Le 28 août 2005, lorsque le maire Ray Nagin a ordonné aux habitants de quitter la ville, les détenus ont été exclus de l'arrêté municipal. Confronté à un ouragan de catégorie 5, le shérif Marlin Gusman n'a pas jugé nécessaire d'évacuer la prison. "Nous avons des générateurs de secours. Nous avons du personnel. Nous allons garder nos prisonniers à la place qui est la leur", a-t-il expliqué à CNN. Au lieu d'évacuer, la police a continué à remplir la prison.

Le samedi 27 août, Raphael Schwarz, 23 ans, cuisinier, se trouvait à la "parade du milieu de l'été", la fête qui rappelle aux habitants qu'il ne reste plus que six mois à attendre avant le Carnaval. Il comptait quitter la ville dans la nuit avec des amis. La police l'a interpellé en état d'ivresse. "Je ne l'étais même pas encore, oppose-t-il aujourd'hui, joint par téléphone. Je leur ai demandé s'ils n'avaient rien de mieux à faire, alors que tout le monde essayait de quitter la ville. Ils m'ont dit qu'ils auraient préféré être ailleurs eux aussi, à s'occuper de leurs familles. Ils étaient nerveux." Pour avoir contesté l'amende de 50 dollars, Raphael Schwarz s'est retrouvé au dépôt, puis à l'unité B III du bâtiment Templeman III.

Derrière les murs, les prisonniers aussi étaient nerveux. Les téléphones qui leur permettent de communiquer en PCV avec leurs familles avaient été coupés depuis plusieurs jours. Le lundi matin, tout de suite après le passage du cyclone, l'eau a commencé à monter. Les gardiens ont distribué des seaux et des serpillières. Ils ont annoncé que le petit déjeuner ne pourrait pas être servi. Une fronde s'est déclarée. Les surveillants ont utilisé des gaz incapacitants pour faire réintégrer leurs cellules aux détenus.

L'eau a monté de plus de 2 mètres, d'abord claire puis de plus en plus trouble à mesure qu'elle charriait déchets et excréments. Les serrures de certaines cellules se sont débloquées automatiquement. Les détenus qui sont sortis les premiers ont aidé les autres. En bas, certains avaient déjà de l'eau jusqu'au cou. Une partie des gardiens - et notamment les femmes, craignant pour leur sécurité - ont déserté. Dans la cellule de Raphael Schwarz, la porte n'a pas pu être ouverte. Les huit prisonniers ont vu les gardiens restants transférer les autres détenus vers la salle de basket. Puis le silence s'est installé. Personne n'est revenu les chercher. Le lundi soir, les générateurs, noyés à leur tour, ont cessé de fonctionner. Les huit hommes ont passé les trois jours suivants à surveiller le niveau de l'eau, stabilisé à 60 cm en contrebas de leur cellule. Rien à boire ni à manger. A l'arraché, ils ont réussi à défaire une barre de métal d'un montant de lit, avec l'intention de desceller les montants de la fenêtre, mais le travail était épuisant et ils ont tout juste réussi à agiter des morceaux d'uniforme orange pour tenter d'attirer l'attention des patrouilles en hélicoptère.

Les codétenus avaient passé un pacte, raconte Raphael Schwarz : ne pas se faire de mal. Il n'y a pas eu de bataille mais des crises de nerfs. Et des moments de désespoir quand l'un d'eux "nous a dit de nous asseoir en cercle et de nous prendre la main."

"ON A ESSAYÉ DE ME NOYER"

Le jeudi soir, les hommes ont remarqué des ondulations sur l'eau. Quelqu'un avait dû entrer dans le bâtiment. C'était une adjointe du shérif. Elle tentait de secourir un détenu qui était sur le toit, avec une jambe cassée, après avoir sauté d'une autre unité. Elle croyait que le B III était vide depuis longtemps. Raphael Schwarz a été évacué vers la maison de correction de Hunt. Les prisonniers étaient entassés sur un terrain de football, beaucoup avaient des couteaux, mais au moins il était à l'air libre. Il a encore fallu dix jours pour que la police s'occupe de prendre ses empreintes digitales. Il n'a recouvré la liberté que le 1er octobre.

Un an après, le cuisinier est devenu électricien, pour "aider à la reconstruction". Il estime qu'on "lui a fait une grave injustice", et il se surprend à parler de cette période comme celle où "on a essayé de (le) noyer". La prison a rouvert dès octobre. Quatre bâtiments seulement sur 12 sont opérationnels, mais ils abritent déjà 1 600 détenus. Le shérif Gusman a été réélu au printemps. "Les gens sont très préoccupés par le taux de criminalité actuel", dit Katherine Mattes, professeur de droit à l'université de Tulane. Quand nous l'avons interrogée, Mme Mattes rédigeait une pétition demandant à la justice d'ordonner au shérif de publier la liste des détenus censés être sous sa garde. Les étudiants en droit à Tulane retrouvent encore des prisonniers "égarés" après avoir été évacués. Le premier a été Greg Davis, 50 ans, identifié en mars dans une prison de Shreveport, huit mois après l'ouragan, alors qu'il devait être libéré une semaine avant.

Ces détenus pourraient être une centaine. Ils n'ont vu ni juge ni avocat puisque, leurs identités ayant été perdues, le système ne les connaît pas. Ils ne savent pas exactement quelle peine ils purgent ni pourquoi ils sont encore en prison. La Nouvelle-Orléans a donné un nom à ces surcroîts de détention : "la peine Katrina".

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